Le CAES : Mémoires d’un squat légendaire

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Le CAES (Centre Autonome d’Expérimentation Sociale) situé à deux pas de la gare de Ris-Orangis (Essonne), est une ancienne caserne de l’armée de l’air qui, il y a encore quelques années, était l’un des plus grands squats culturels et artistiques d’Europe. Après 30 ans d’épanouissement, ce « village » où la quasi-totalité des corps de métiers artistiques était représentée est aujourd’hui en cours de destruction. Retour sur ce squat légendaire, qui pendant quelques années a touché du bout des doigts une utopie sociale et artistique…

Un lieu porteur d’histoire…

Ancienne distillerie, puis caserne de l’armée de l’air, le bâtiment du CAES a été laissé à l’état de friche industrielle avant de devenir en 1981, un squat à vocation social. C’est à l’initiative d’une quinzaine de jeunes issus des banlieues que cet espace deviendra un lieu de création cosmopolite. Prenant au mot le rapport de Bertrand Schwartz encourageant « des expériences en matière d’habitat de nature à accroitre l’appropriation de l’espace par les jeunes », le lieu est investi par des musiciens, des plasticiens, des sculpteurs, des peintres etc. Mais l’idée ne s’arrête pas à une simple dimension artistique. Se rapprochant des utopies politiques et sociales issues du mouvement de mai 68, le CAES devient un espace de rencontres, de création, et de solidarité. De la fin des années 80 à 1995, le CAES donne naissance à toutes sortes de projets. Les festivals pluridisciplinaires de cette époque restent mythiques, les associations fleurissent et plusieurs entreprises se créent tel que 7D qui fabrique des murs d’escalade et des décors. Des artistes dont les noms ne nous sont pas inconnus : la Mano Negra, les Têtes raides ou encore les Negresses vertes s’y sont produits. Le bâtiment comprend des ateliers artistiques, une imprimerie, un garage associatif, une menuiserie, un restaurant, un théâtre, une boîte de Jazz et même une crèche. Pourtant, malgré son incroyable avènement, le CAES connait une période difficile entre 1995 et 2000. Ce « lieu de tous les possibles » est malheureusement touché par l’individualisme et la violence montante de la société. On perd alors « l’âme du CAES », Jeff Perreau, le directeur de l’association, qui décida de quitter le site en 1999. Le nouveau gouvernement de l’époque souhaite la disparition du CAES, et il ne sera sauvé que par l’action du maire actuel de la ville, Thierry Mandon (PS).
Dans les années 2000, le CAES tente une renaissance en douceur. Des expositions et des festivals y sont organisés. Le « village » du CAES reprend peu à peu ses couleurs entre graphes gigantesques et constructions insolites.
Malgré tout, un projet de réhabilitation passant donc par la destruction du squat a été lancé par la ville de Ris-Orangis. Le futur bâtiment devrait « s’inscrire dans la continuité du CAES » explique la mairie, comprenant des logements à loyers modérés, ainsi qu’un atelier de production artistique. Dès 2010, les premiers artistes ont été délogés et pourtant, depuis maintenant deux ans, la construction ou destruction (on ne sait plus vraiment) peine et le site est laissé en champs de bataille, quelques graphes et sculptures biscornues en guise d’anciens trophées.

La mort d’une liberté artistique ?

La réhabilitation d’un squat en atelier d’artiste est-elle légitime ? C’est la polémique qui peut naître de la liquidation d’un squat comme le CAES, lieu mémorial de l’art libre. L’esprit même d’un squat d’artistes permet un foyer original de développement. Le squat a un rôle d’acteur social, il permet aux artistes les plus démunis, mais loin d’être parmi les moins talentueux, d’avoir un lieu de travail. Cris, l’un des cofondateurs du CAES, rappelle la fonction sociale d’un tel mouvement : « On a besoin de nous. Il faut prendre en compte le coût de la délinquance évitée pour des jeunes qui, s’ils ne vivaient pas avec nous, sèmeraient peut-être l’agitation dans les banlieues. Et tout ce travail social, nous l’avons fait sans aucune subvention ».
De plus, le fait de produire par soi même, sans passer obligatoirement par quelque chose d’encadré et de formalisé, qui révulse souvent certains jeunes, est gratifiant. La liberté de création, sans finalité financière, apporte à l’art une couleur spécifique en proie à toute sorte d’excentricités. Ce n’est même pas forcément par idéologie que certains artistes ne veulent pas vendre leurs œuvres, mais tout simplement parce qu’ainsi il résulte de leur création une énergie différente. Et comme le disait Henri Schurder (fondateur du collectif de l’Art-Cloche) « Que faire d’un atelier avec un loyer tel qu’il nous faudra travailler en dehors-et donc ne plus peindre-pour le conserver ? ».
Dans les années 90, le CAES s’approcha d’une véritable liberté artistique, libre de toute contrainte et de tout carcan politico-culturel. Il a su préserver un espace de création pur que cette pseudo-réhabilitation risque, malheureusement, par une normalisation induite, d’en dénaturer l’esprit même.

Amandine Jouan

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Un commentaire pour Le CAES : Mémoires d’un squat légendaire

  1. lesartsauxdocks dit :

    Par définition un squat n’est pas une situation définitive… l’un des problème du lieu a été le manque de renouvellement ‘générationnelle’, on en est resté à la gestion d’un acquis précaire sans vision de projet d’ouverture sur le monde et de pérennisation de mode de production artistique alternative (notamment dans son autonomie de décision – donc financière).
    Le risque d’institutionnalisation est réel mais il dépend surtout des futurs nouveaux CAESsiens !
    Il y a plusieurs CAES en fonction des ses périodes… l’âge d’or du lieu est largement passé et il fallait de toute façon un projet renouvelé car la dynamique n’existait plus!
    Il reste une douzaine d’artiste à travailler sur site au milieu du chantier et c’est peut-être sur ce substrat historique que ce fondera l’âme du lieu dans les années à venir…

    Abder Darik,
    Secrétaire du CAES jusqu’à sa liquidation
    Président de l’association Les Arts Aux Docks qui a fait suite au CAES
    Toujours présent sur site avec sa compagne, plasticienne et ses 3 enfants!

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