KONY 2012 : quand l’humanitaire séduit la génération Y

Depuis déjà plusieurs jours, une vidéo fait le tour du web battant tous les records de visionnage. Et pourtant, elle ne met en scène ni un chaton mignon, ni un énième gag drôlissime (ou pas). Cette fois, l’enjeu se veut bien plus grand puisqu’il s’agit d’un message humanitaire de l’ONG américaine Invisible Children. Le projet s’appelle KONY 2012 en référence à Joseph Kony, un criminel de guerre ougandais recherché depuis 2005 par la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité. Il a pour but ultime son arrestation. Vue plus de 80 millions de fois, la vidéo soulève aujourd’hui tout un tas de questions. Explications et décryptage d’un buzz humanitaire 2.0.

Stop Kony

Joseph Kony, la cible du projet de l'ONG Invisible Children

D’une durée de trente minutes, la vidéo revient sur le sombre parcours de ce Joseph Kony, chef de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), et sur les conséquences désastreuses de ses actions sur les populations ougandaises. Inconnu du grand public, on apprend que le conflit est vieux de 26 ans. Tout commence en 1988, deux ans après le début de la guerre civile ougandaise, lorsque la LRA, portée par Joseph Kony, se donne pour objectif de renverser le pouvoir en place pour le remplacer par une dictature religieuse basée sur les 10 commandements. L’organisation rebelle est connue pour le rapt de dizaines de milliers d’enfants kidnappés, torturés, tués ou transformés en petits soldats ou en esclaves sexuels. En mai 2005, l’Unicef avait publié un rapport estimant à 40 000 le nombre d’enfants contraints de quitter chaque nuit leur village pour fuir les menaces de violences et d’enlèvements que fait peser la LRA.

Jason Russell, l’homme à l’origine du projet Kony 2012, nous raconte dans cette vidéo son engagement en Ouganda et notamment sa rencontre avec Jacob, un jeune garçon enrôlé dans l’armée de la LRA. Le témoignage fort et poignant de ce jeune garçon ne peut laisser personne insensible. Or, c’est bien l’attentisme du monde que Jason Russell critique ici. Pour lui, l’heure est venue de faire bouger les choses et de réaliser la promesse qu’il avait faite 10 ans plus tôt à Jacob : STOP KONY. Les Etats-Unis ont accepté en novembre 2011 d’envoyer des aides militaires pour aider l’armée officielle à capturer Joseph Kony ; mais devant la lenteur et les échecs des opérations, l’ONG craint un repli américain.

La génération Y a le pouvoir

Pour médiatiser son action, Jason Russell choisi les armes du XXIe siècle, celles qui ont révolutionné le monde arabe il y a un an : internet et les réseaux sociaux. Postée le 5 mars 2012, la vidéo accumule le nombre de vues à une vitesse record. Partage, tweet, retweet, reblog, etc… la toile est en ébullition et le nom de Kony est sur tous les claviers. Selon le site Visible Measure, il s’agit de la vidéo « la plus virale » de l’histoire du web. Autrement dit, il s’agit du clip connaissant la plus forte et plus rapide progression de l’histoire : en moins de deux semaines la barre des 70 millions de visionnages est dépassée. Au-delà de ce chiffre record, le projet Kony démontre le pouvoir de Facebook, des réseaux sociaux en général et de la génération Y. Cette dernière, qu’on décrit comme « hyper connectée », a cette capacité à diffuser rapidement un message à un nombre infini de gens. Son pouvoir est donc immense. En ne passant pas par un plan de communication traditionnel, l’ONG Invisible Children souhaite toucher directement les populations, et notamment les jeunes générations. Et apparemment, cela fonctionne.

Les controverses autour du projet

Mais utiliser le vecteur internet c’est aussi prendre le risque de se confronter plus rapidement aux réactions, notamment négatives. Car la génération Y est aussi critique et cynique. Très rapidement, on a donc accusé l’ONG de présenter au public une vision trop manichéenne du conflit ougandais, faisant du documentaire un film tire-larmes peu fidèle à la complexe réalité. Pour se défendre, Jason Russell répond qu’il est difficile de réduire à 29 minutes un conflit vieux de 26 ans. Soit.

De même, on a reproché à l’association de n’utiliser qu’un tiers de ses revenus pour les actions sur place, le reste aidant à financer les voyages entre Ouganda et Etats-Unis ainsi que le salaire des employés de l’ONG. Sur ce sujet, Invisible Children a récemment mis à disposition sur son site officiel l’ensemble de ses comptes financiers.

Enfin, certains s’interrogent sur le bien-fondé de l’ONG et de l’intervention américaine plus généralement. Le 14 novembre 2011, Barack Obama avait autorisé l’envoi d’une centaine de militaire pour aider à la capture du chef Kony. Or, on y avait découvert, cinq ans plus tôt, du pétrole en masse. Des sceptiques, notamment Ougandais, pense que les Etats-Unis, à travers cette mission, essaient de sécuriser l’exploitation de la réserve de pétrole nouvellement découverte. De l’humanitaire intéressé en somme.

Ceci étant dit, et malgré toutes ces controverses, le projet Kony 2012 a démontré encore une fois le pouvoir de diffusion des réseaux sociaux. Si Joseph Kony est effectivement arrêté, il est certain que l’on reconsidérera le large potentiel de ces plateformes et de leurs acteurs.

Site officiel d’Invisible Children

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