Des mots viennent les maux

Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen lors de leur "débat"

Des « excuses publiques ». Les candidats en exigent de plus en plus. Pourquoi ? Tout simplement parce que les attaques personnelles se font de moins en moins rares dans cette course à l’Elysée. Manque de respect ? Sûrement. Vide idéologique ? Certainement. La campagne 2012 est ainsi : beaucoup de flou sur les programmes, et de grandes saillies à l’encontre de chaque candidat, qui nuisent évidemment à la campagne présidentielle.

Quand on ne sait pas attaquer les idées, on attaque souvent ceux qui les portent et leurs partisans. C’est ce qui a dû se passer quand Marine Le Pen, lors d’un de ses show à Lille, a déclaré qu’il n’y avait que des « imbéciles pour croire » au « grossier tour de passe passe » de Nicolas Sarkozy. Il y aurait donc, en plus de leur président, plus d’un quart des votants rentrant dans la catégorie « imbécile » (si on en croit le dernier sondage pour le premier tour de la présidentielle). Anecdote amusante quand on pense que la digne héritière de Le Pen père, a dit, face à Mélenchon : « Si vous m’aviez insulté, moi, je m’en moquerais (…) mais en m’insultant vous insultez des millions de Français et 40% des ouvriers qui s’apprêtent à voter pour moi ». Notons ici la double incohérence de la phrase puisque Marine Le Pen arrive à dire une chose et son contraire (l’a-t-il insulté elle alors ?). Faites ce que je dit, pas ce que je fais. Pour sa défense, il faut aussi noter que Jean-Luc Mélenchon a fait fort en ne lésinant pas sur les insultes : « grand dérangement mental » « bête et stupide » et le désormais légendaire « semi-démente » dont le candidat du Front de Gauche ne se lasse pas d’accompagner d’un « cela vous en laisse une bonne moitié ». Rires dans la salle, consternation chez les journalistes. Car si les deux politiques ont en commun une manie maladive à l’invective, ce ne sont malheureusement pas les seuls à s’adonner à la diatribe.

À la mode

Les attaques sont moins dures mais sont bien là. Eva Joly, la gentille Eva Joly, a dérapé quand on lui apprend les propos tenus par Corinne Lepage, candidate Cap21 à l’élection présidentielle : «  Eva Joly ne donne pas une très bonne image de l’écologie ». La réponse fuse « je l’emmerde » lance la candidate EELV qui confirme sa parfaite maîtrise de la langue de Molière. L’élégance en moins. Au PS on a aussi ses casseroles. Alors que le parti hésite entre l’agressivité et la passivité, Najat Vaullaud Belkacem s’est laissée aller  à un communiqué assez violent contre le Président Nicolas Sarkozy qui, selon elle, est « un mélange de Silvio Berlusconi et de Vladimir Poutine », avant d’ajouter : « le Nicolas Sarkozy qu’on cherche à vendre aux Français est un faux, une contrefaçon, un produit de contrebande imaginé par des cerveaux d’extrême droite et revendu par des valets sans morale comme Xavier Bertrand. » Les propos sont gratuits, malvenus et ont bien sûr jeté un froid au sein du PS même. A droite évidemment on s’insurge, Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, s’est posé la question : « les Français vont-ils être privés du débat des présidentielles par ce genre de personnage qui n’a rien à dire sauf l’invective et l’insulte ? ». Le même Henri Guaino qui s’est emporté contre le président socialiste du Conseil Général de l’Essonne lors d’un débat sur France 3 : « Si je vous traite de sale con, ça va vous plaire ? ». Une insulte déguisée suivi d’un « Taisez-vous » martelé d’un coup de poing sur la table. Moment qui fera le bonheur des internautes. Mais qu’a-t-on retenu du fond de ce débat ? Rien ou pas grand chose, les médias préférant passer en boucle un Guaino qui perd son sang froid.

Les médias friands de ces passes d’armes

Car les médias ont parfois leur part de responsabilité. En effet début janvier, quand le président-candidat n’était encore que Président, les médias s’étaient enflammés suite à des propos soi-disant tenus par François Hollande, qui traitait Nicolas Sarkozy de « sale mec ». Nadine Morano, comme à son habitude s’emballe et réclame, avec la députée UMP Nathalie Rosso-Debord, des excuses publiques. Seulement voilà, le journal Le Parisien s’était avancé un peu vite, François Hollande ne s’en prenait pas directement au futur candidat, il se mettait dans la peau de celui-ci en lui prêtant ces paroles. Certes, les mots sont là, mais l’instrumentalisation qu’en ont fait les médias est symptomatique de cette « polémicophilie ». Preuve, s’il en fallait une, que les journalistes portent trop souvent plus d’attention aux petites phrases qu’aux idées, probablement car la polémique fait vendre.

Les insultes sont des sautes d’humeurs pour des candidats qui le font exprès, ou craquent littéralement car tenus de conserver une solide langue de bois. Mais ils ne renient pas en soi l’invective où le dérapage verbal. Et s’ils évitent tant bien que mal d’en faire, le moindre dérapage d’un adversaire est pour eux une opportunité sans nom de leur porter préjudice. C’est là que le bat blesse, on attaque bien trop souvent la personnalité, ou le physique d’un concurrent plutôt que ses idées.

Ceci étant dit, c’est bien le débat d’idées et la France entière qui sont lésés. Mesdames Messieurs les candidats, baissez vos armes, élevez le débat !

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