Débat sur la liberté d’informer : les solutions ne sont pas à droite

Le jeudi 16 février, le théâtre de la Colline était bondé à l’occasion d’une rencontre organisée par le site indépendant d’information généraliste Mediapart. Ce débat intitulé « Comment refonder la liberté de la presse ? » avait pour objectif de montrer les difficultés de la liberté d’informer, via les témoignages de personnes médiatiques et de faire passer un message politique, avec des représentants du centre et de gauche. D’ailleurs, à l’entrée du théâtre, quelques militants du Front de Gauche distribuaient des tracts résumant le programme de leur parti concernant la liberté d’information.

Pour ouvrir le débat, le journaliste Laurent Mauduit, co-fondateur de Mediapart, a parlé de la bataille de Mediapart pour le droit d’informer les citoyens. Il a dénoncé la politique de Nicolas Sarkozy en matière de liberté de la presse en rappelant que le Chef de l’Etat s’était octroyé le droit de choisir les journalistes qui l’interviewait en lui posant des « questions très déterminées à l’avance », mais aussi celui de réquisitionner 8 chaînes de télévision publiques et privées pour son intervention du 29 janvier annonçant plusieurs réformes (TVA sociale, TTF…) et s’est donc servi de la presse pour son propre intérêt. Depuis 5 ans, le gouvernement aurait donc agi de manière anti-démocratique en « limitant » la liberté de la presse.
Cette critique d’une politique « de droite » a été confortée par le visionnage d’un montage vidéo d’Antoine Perraud, « La presse en rieuse à gages et souffre-douleur du « monarque républicain » », où l’on voit Charles de Gaulle, lors d’une conférence de presse en 1966, déjouer sa réponse à la question d’un journaliste au sujet de l’affaire Ben Barka, puis Nicolas Sarkozy dire à un journaliste qui lui demande s’il était au courant d’éventuelles rétro commissions au sujet de l’affaire Karachi « c’est ridicule… vous êtes grotesque (…) qui peut croire à une fable pareille ? », ce qui a suscité les rires moqueurs du public de la Colline.

(pour voir le court-métrage : http://www.dailymotion.com/video/xoeso6_la-presse-en-rieuse-a-gages_news#from=embed )

Pierre-Louis Basse, Laurent Mauduit, Yann Wehrling; Pascal Durand (de gauche à droite)

Plusieurs personnes médiatiques se sont ensuite succédées pour témoigner de la dégradation de la liberté d’information et dénoncer le monopole de la politique sur les médias. Ainsi, le journaliste et écrivain Pierre-Louis Basse évoque la normalisation du monde médiatique qui véhicule une pensée unique sans laisser place à la contradiction. L’idée est reprise par le journaliste Fabrice Arfi qui pointe le fait que la mise en examen d’Eric Woerth ait été sous-traitée par les médias, ceux-ci affirmant que l’ex-ministre du Budget a été mis en examen pour recel, ce qui ne signifie rien (« recel de quoi ? »).

Ce sont d’ailleurs pour des motifs politiques que les humoristes et chroniqueurs Didier Porte et Stéphane Guillon de France Inter ont été renvoyés. Venus à la rencontre, ils ont affirmé leur incompréhension et leur douleur. Didier Porte a même appelé à ne pas voter pour le Président actuel en concluant son intervention par ces propos : « voilà ce que j’ai à dire à 2 mois des élections présidentielles ».

Plusieurs ont également témoigné pour dénoncer l’emprise des investisseurs : ainsi Sabine Torrès, la fondatrice du site d’informations régional indépendant Dijonscope, a demandé une indépendance et une équité des médias en régions ; Daniel Schneidermann, fondateur et directeur d’Arrêt sur images ainsi que Jérémy Zimmermann, fondateur du site La Quadrature du net, ont parlé de la nécessité d’avoir une presse libre et du bonheur de pouvoir exercer son métier dans « des conditions d’indépendance totale » afin d’informer convenablement le public et de permettre un accès libre à l’information (via Internet).

Ces constats dressés, le journaliste Edwy Plenel est intervenu en rappelant que «le journaliste a une mission de vérité ». Il a avancé plusieurs propositions pour refonder la liberté de la presse parmi lesquelles un « Freedom of Information Act » (loi pour la liberté d’information américaine votée en 1966) mais aussi la dépendance des aides publiques de la presse affirmant qu’ « on ne va pas nous demander de parler de notre déontologie avec Monsieur Dassault ou Monsieur Bouygues ».

                                                                                                                                                                                                                                 Les représentants politiques ont alors proposé quelques solutions pour refonder la liberté de la presse :
– Pascale Le Néouannic, la secrétaire nationale du Front De Gauche, a insisté sur la lutte contre la précarisation de la presse, sur l’interdiction des collusions entre les médias et les groupes financiers et la création d’un cours de lecture des médias à l’école.
– Patrick Bloche, député du Parti Socialiste et chargé de l’audiovisuel dans l’équipe de campagne de François Hollande, a proposé la mise en place d’un droit de veto des journalistes pour la nomination de leur direction et a insisté sur la nécessité de la transparence et sur la protection des sources (reprise de la loi belge de 2005)
– Pascal Durand, porte-parole d’Europe Ecologie Les Verts, a affirmé que « La démocratie et la liberté de la presse vont main dans la main». Il a rappelé que « les deux plus grands groupes de medias sont des fabricants d’armes » afin de convaincre des personnes déjà convaincues (à en juger par leur engouement tout au long de la soirée) de ne pas réélire Nicolas Sarkozy.
– Yann Wehrling, porte-parole du Modem, a annoncé que François Bayrou compte créer une loi interdisant la propriété des médias par des groupes industriels, revenir à la nomination des présidents des médias et du CSA par des personnes indépendantes du pouvoir et mettre en place un financement indépendant des médias.

Jean-Pierre Mignard, avocat de Mediapart et de François Hollande, a conclu le débat en retraçant l’histoire de la lutte des Hommes pour la liberté d’expression et en proposant de créer une loi intitulée « La communication est libre. L’information est une valeur fondamentale de la démocratie. »
Si le débat a permis à plusieurs représentants politiques de s’exprimer au sujet de la liberté de la presse et à Yann Wehrling d’affirmer « nous ne pourrions voir qu’avec une grande inquiétude l’élection de Nicolas Sarkozy parce que ce qu’il a fait durant son quinquennat, il continuera à le faire », peut-on réellement espérer qu’un autre chef de l’Etat ne serait pas tenté de suivre le même chemin que notre « monarque républicain » ?

Pour regarder le débat : http://www.dailymotion.com/video/xoqeu2_independance-de-la-presse-le-debat-de-mediapart-du-16-fevrier-2012_news#from=embediframe

Priscilla DHAUSSY

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2 commentaires pour Débat sur la liberté d’informer : les solutions ne sont pas à droite

  1. Vincent Manilève dit :

    Bon article ^^

  2. Très bon article oui, bravo!

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