La Prostitution Etudiante

La sortie du film Elles le 2 février 2012, réalisé par Malgoska Szumowska, a relancé la polémique sur la prostitution estudiantine. Anne (Juliette Binoche) est une journaliste pour un grand magasine féminin qui enquête sur l’activité d’escorte. Alicja (Joanna Kulig) et Charlotte (Anaïs Demoustier) étudiantes à Paris, se confient à elle sans tabous. Ce film s’inspire de nombreux témoignages de jeunes étudiantes qui vendent leurs corps. Dans ce film, il n’est question ni de trafic, ni de macs, ni de drogues, seulement de jeunes filles qui décident elles-même de se prostituer avec l’ascension sociale comme but avoué.

Il s’avère que la prostitution étudiante est un phénomène qui se développe de plus en plus. Le dernier rapport de l’Assemblée Nationale sur le sujet date du 13 Avril 2011  » La prostitution des étudiants : concilier études et conditions de vie décentes » conclu que le manque de moyens financiers est le principale facteur de leur prostitution. En situation précaire, les étudiants ont envie de s’en sortir quoiqu’il leur en coûte. En outre, le temps est aussi une motivation car l’activité est moins chronophage et leur laisse donc plus de temps pour étudier.

Pour les plus curieux, voici le lien du rapport de l’Assemblée Nationale http://www.assemblee-nationale.fr/13/rap-info/i3334.asp

L’Amicale du Nid est une association qui oeuvre dans l’ accueil de personnes prostituées et propose un centre d’hébergement et une réinsertion sociale. Rencontre avec Arnaud Jean-Luc, Directeur de L’Amicale du Nid situé à Toulouse.

• Comment définiriez-vous la prostitution étudiante ?

 Il existe différents types de prostitution. La prostitution « classique » est souvent reliée au milieu de vie ; il se peut que la personne vive dans un quartier lié à la prostitution où ayant des membres de la famille qui se prostitue . La prostitution étudiante est différente car dans un autre contexte économique, ces jeunes n’auraient pas eu recours à l’activité d’escorte ; ils le font par précarité. Dans tous les cas, les personnes prennent la décision de se prostituer ou non.

• En ce moment, on parle beaucoup de ce type de prostitution dans les médias, est-ce parce que le phénomène s’est étendu ?

Le phénomène de prostitution étudiante est récurrent, l’effet médiatique vient ensuite. Cette activité a toujours existé mais aujourd’hui elle se développe plus rapidement. J’ai la certitude que ce phénomène a évolué à cause de la précarisation grandissante des étudiants. De plus, les moyens de communication comme Internet, favorisent l’accès à la pornographie et permet aux jeunes d’avoir des représentations de la sexualité désincarnées que n’avaient pas leurs aînés. Anonyme, facile d’utilisation, ignoré de la police et du fisc, le recours à l’activité d’escorte est devenu possible, à domicile, d’un simple clic. Un clic de souris « par curiosité » et le piège est en marche, les jeunes gens ne sachant pas que la limite de la prostitution a été franchie.

• Est-ce aussi un problème lié à la consommation ?

Le rapport au temps est plus intéressant dans la prostitution que dans les travaux classiques ; l’argent est gagné rapidement et en quantité. C’est paradoxale car les étudiants se prostituent pour consommer alors que la prostitution est une sorte de consommation. Les populations jeunes sont victime de l’hyper-sexualisation de la société ; il y a une banalisation du corps des femmes, voir de plus en plus du corps des hommes. Tout cela engendre une baisse de la vigilance et accroît leur goût de l’expérimentation.

• Est-ce qu’il y a des filières d’études qui sont plus concernées que d’autres ?

Nos demandes d’aides viennent essentiellement du milieu universitaire. Les étudiants se confient très peu car ils ont honte, nous avons donc du trouver une solution pour les aides à s’en sortir. Par le biais de notre site internet, ils peuvent nous envoyer des e-mail, nous laisser des messages ou nous appeler. Il peuvent aussi être orientés vers nous via d’autres organismes comme le CROUS ou le service de médecine préventive situé dans leurs Universités.

• Est-ce que ces jeunes réussissent à s’en sortir?

Oui, souvent ils réorientent leurs vies ; ils changent de formation, déménagent… On essaye d’aider ces jeunes au maximum pour qu’ils réussissent à se reconstruire après la prostitution et c’est très rare qu’ils échouent. C’est difficile car ils ont du mal à s’exprimer. Pour les aider à en parler et mesurer ce phénomène nous avons créé un projet de recherche via un questionnaire qui sera bientôt disponible sur Internet en partenariat avec l’Université du Mirail située à Toulouse.

Pour aller plus loin : si ce sujet vous intéresse, je vous conseille de lire  » Mes chères études »,  de Laura D. étudiante, 19ans, Job alimentaire : prostituée.

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