La jeunesse : une révolte muette

Reportage. Quel est l’idéal politique des jeunes ? Quels sont leurs rêves pour la politique ? Penchons-nous sur ce que la jeunesse aimerait réserver à la politique française.

Qu’est ce que la jeunesse ? Ces jeunes de banlieue qui brûlent des voitures ? Les dealeurs et voleurs de téléphone ? Ces adolescents qui insultent leurs parents et arrêtent l’école ? Ceux qui font la fête le nez plein de cocaïne ? Ces enfants qui vomissent dans les caniveaux ? Non. La jeunesse est une pluralité d’origine socio-culturelle, de différences ethniques et religieuses. Alors comment aborder la jeunesse française alors qu’il est impossible de la réduire à une seule et même entité ?

A la veille des élections présidentielles, le nouveau cheval de bataille des politiques est la jeunesse : que faut il faire pour les aider à l’insertion professionnelle ? Comment rendre la vie des jeunes moins compliquée ? Une multitude de débat autour de la jeunesse française. Mais leur demande-t-on leur avis ? Sous couvert d’ouverture d’esprit, on amène des jeunes sur un plateau télé afin de leur donner la parole. La vérité est tout autre, ils sont face à des politiques et posent des questions relatives à la société actuelle. Qu’elle leur convienne ou non, ils n’ont pas le droit de donner leur point de vue, de poser les vraies questions qui les démangent et d’oser dire que la politique actuelle ne leur convient pas. Nous avons décidé de leur donner la parole, sans aucune règle ni limite, la langue de bois n’est pas autorisée avec nous.

Un engagement politique qui diffère

Quand on leur pose la question de leur engagement politique, les réponses varient. «Il n’existe pas» répond Simon avec une légère amertume. Quand on lui demande pourquoi, la réponse ne se fait pas attendre «parce que ça ne me correspond pas, je suis à mille lieux de ce qu’on me propose. Je n’ai pas l’impression qu’on s’adresse à moi. On s’intéresse pas à moi non plus. Regarde la crise des banlieues… Ils ont parlé mais rien n’a changé.» Simon a 25 ans et est pompier. Il travaille, a un loyer à payer mais ne se sent pas concerné par la politique actuelle. «En fait, je ne comprends pas la moitié de ce qu’on me raconte» ajoute-t-il en souriant.
Assia, quant à elle s’investi en politique. «C’est pas parce que j’ai 19 ans que je ne dois pas m’investir. Je fais parti de la jeunesse socialiste, je vais aux meetings et je vote. Ca ne me semble pas nécessaire de le préciser parce que je pense que tout le monde devrait voter» explique-t-elle. Elle n’a que 19 ans mais une grosse carrière politique derrière elle. «Attention ! Je ne désire pas travailler dans la politique, mais je pense que c’est très important. Les jeunes ne se rendent pas compte que nous sommes l’avenir, que si nous ne imposons pas maintenant, que si nous ne donnons pas notre avis maintenant, le futur ne nous conviendra pas. Je ne veux pas avoir de regrets et regarder mes enfants en pensant que j’ai échoué à un moment. Je ne veux pas me réveiller un jour à 30 ans en me disant que si j’avais donné mon avis à 19, je n’en serais pas là aujourd’hui.»
Pierre, jeune étudiant de 22 ans, est sensiblement d’accord avec elle, mais un peu plus modéré. «Je vote, mais je ne m’investi pas. Je pense que le plus gros problème, c’est que les politiciens ne s’intéressent pas à ce que nous sommes vraiment.» Fanny tient un discours bien plus virulent. «La politique ne m’intéresse pas. C’est un milieu hypocrite et démago. On nous vend du rêve, on nous propose de changer le monde et derrière il n’y a rien» Elle est vendeuse après avoir été obligée d’arrêter ses études. «Je suis venue à Paris pour faire mes études, c’était un peu le rêve parisien. J’ai vite déchanté, avec les aides, je ne touchais que 400 euros par mois, mon loyer était de 550 pour une chambre de bonne avec les toilettes sur le palier. Une fois mon loyer payé, je n’avais plus rien pour vivre. J’ai commencé un job’ étudiant dans la vente, je n’ai pas réussi à gérer les deux. Entre étudier et mourir de faim ou vivre sans diplôme, le choix est vite fait. Pour résumer, j’ai autre chose à faire qu’écouter des mecs qui me mentent sur ce qu’ils vont proposer» Elle vit désormais en banlieue parisienne et a un enfant à charge, le sujet semble l’énerver : elle tape du pied et fronce les sourcils quand elle en parle.

Les débats se répètent et se ressemblent tous : identité nationale, économie, chômage, plan retraite, laïcité ou sécurité. Tout le monde semble être d’accord, il y a un problème qu’il faut régler. Le discours est pessimiste : la France va mal, l’économie va mal, il faut travailler de plus en plus vieux, il ne faut pas sortir le soir parce qu’on risque de se faire agresser, les mêmes refrains en boucle sur une situation critique. La France entière semble d’accord là dessus, mais les jeunes ? Ressentent-ils la crise ? Se sentent-ils en sécurité ? Ont- ils envie d’entrer dans la vie active ?

Un autocollant «utopistes debout Rêve générale» utilisé par les jeune durant plusieurs manifestations.

Un avenir qu’ils n’imaginent pas

Ont-ils peur pour leur avenir ? Ils sont unanimes là dessus : ils n’arrivent pas à s’imaginer un avenir. En 1998, IAM abordait déjà le sujet dans Demain, c’est loin. A l’époque, les rappeurs sortaient les micros pour donner le point de vue d’une jeunesse désabusée, aujourd’hui c’est dans le silence que les révolutions sont lancées. André Coutin aborde le sujet dans son essai La vie rêvée des jeunes. Sans hésitation, il parle de «sacrifice de la jeune génération», il n’hésite pas à définir la démocratie française comme une gérontocratie, affirmant que «les élus continuent à réagir comme des retraités aux questions posées par l’avenir des jeunes.»
Quand on aborde les sujets d’actualité avec eux, les réponses ne sont pas celles que l’on entend quotidiennement. A propos de l’éducation, Simon pense qu’il y a un vrai travail à faire. «Déjà, il faut vérifier les bourses, les étudiants qui vont à la fac pour profiter de l’argent sans aller en cours sont assez nombreux. Et puis les parents aussi devraient faire quelque chose, il y a un problème. Les gens ne savent plus vivre en société. Je voudrais qu’on mette des cours de politesse à l’école.»
La crise économique fait parler mais ils ne la ressentent pas, mis à part Fanny. «Je la ressens dans mon boulot, mais pas dans mon quotidien. Aux réunions, on nous dit que la situation est dramatique, mais je ne m’en rends pas compte. Dernièrement, ils nous ont expliqué que huit magasins allaient fermer en 2012, qu’on allait plus avoir le droit aux primes, en attendant que ça aille mieux. Mais quotidiennement, je ne la ressens pas. J’ai l’impression que c’est une façon de cacher les vrais problèmes. Par exemple, l’éducation nationale. On devrait pas laisser des gamins abandonner leurs études à cause du manque d’argent
Au sujet de la laïcité, Assia ne comprend pas les lois contre le port du voile. «Je trouve que la laïcité est une très bonne chose. La religion des uns et des autres doit rester privée. La laïcité oui, mais pas trop restrictive. Chacun pense ce qu’il veut, fait ce qu’il veut dans le cadre de sa religion. Celles qui veulent devraient pouvoir porter le voile, ceux qui veulent porter une croix autour du cou devraient pouvoir le faire. Par contre, les professeurs et les gens du service public, eux, doivent rester parfaitement neutre.»

Une jeunesse murée dans le silence

Ils ont des choses à dire mais on ne les écoute pas. Quand on leur demande quel serait leur président idéal, les réponses font sourire et prouve que la politique actuelle ne convient plus. «Un président jeune» répond Simon sans hésiter. Assia, quant à elle, aimerait voir au pouvoir «Une femme avec une grande ouverture d’esprit, prête à voir la France évoluer. Qui ne reste pas bloquer dans cette France bien vieille.» Fanny voudrait «un président qui a connu les galères. Je ne doute pas une seule seconde : ils ont tous fait de longues études, mais financièrement ils n’ont jamais galeré. Ils ne connaissent rien à la vie.»

Aujourd’hui, comme à l’époque de La vie rêvée des jeunes, ils ne sont pas écoutés, pire on ne les entend même plus. Lorsqu’ils descendent dans la rue, on ne les prend pas au sérieux car dans l’imaginaire collectif, ils ne savent pas de quoi ils parlent. Ils n’existent pas en tant que jeune, mais en tant qu’image du jeune. Les médias montrent une image faussée de la jeunesse, les politiciens ne savent pas qui représente l’avenir de leur pays. C’est le sentiment que nous avons eu tout au long de cette enquête. Une jeunesse réelle qui regarde l’image qu’on a d’elle, complètement impuissante et sans arme.

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A propos Elisabeth

Salut ! J'habite au Koweït avec mon chat depuis deux ans maintenant. J'y suis maitresse d'école et je raconte mon quotidien dans ce pays si mystérieux qu'est le Koweit. Bienvenue, ne faites pas gaffe à la poussière : c'est comme ça, la vie dans le désert ;)
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