And the winner is…

Dresser la liste des 10 meilleurs albums de la décennie est une chose compliquée, principalement à cause de la quantité de disques sortis au cours de ces dix années. Cela dit, on réduira ici le choix, en ne prenant en compte que la catégorie (large, certes) du « rock alternatif ». Mais la démarche n’en n’est pas moins casse-tête: dois-je favoriser mes goûts musicaux, ou ceux des critiques reconnues? Au vu du classement, nous dirons un peu des deux, sans doute. Voici donc la liste retenue, une parmi tant d’autres, faite avec amour (et un brin de lâcheté…).

ImageN°10 – Whatever People Say I Am, That’s What I’m Not (Arctic Monkeys, 2006): 18 ans…C’est l’âge auquel le doux prodige Alex Turner, a écrit et composé le premier album des Arctic Monkeys, et jusqu’ici, surement leur meilleur. Turner raconte ce qu’il voit, les histoires de sa banlieue du nord de l’Angleterre, et les met en musique avec une beauté et une facilité d’expression déconcertante. L’album est fougueux, rapide (moins de 40 minutes pour 13 chansons !) et bourré de hits, « I bet that you look good on the dancefloor » en tête. « When the sun goes down » et « A certain romance » font ressortir ce qu’il faut de romantisme et de maturité. En 2006, les jeunes britanniques trouvaient en Turner et les Arctic Monkeys leurs nouveaux héros.

ImageN°9 – Song For The Deaf (Queen Of The Stone Age, 2002): L’album référence « stoner-rock » de ces dernières années. La dernière collaboration entre le leader, Josh Homme, et son pote bassiste aux tendances nudistes, Nick Oliveri. Avec pour guest-star derrière la batterie, Dave Grohl, qui signe sûrement ici son meilleur travail. L’ensemble est classe, puissant, lourd, très bien produit et surtout, c’est l’album d’un groupe à l’apogée de sa musique. Le single « No One Knows » est vite devenu un hymne. Incontournable.

ImageN°8 – Toxicity (System Of A Down, 2001): Réduire System of a down  au seul terme “métal” serait une hérésie, tant ces gars-là nous ont montré au cours des années qu’ils étaient bien trop inspirés pour se limiter à cela. Moins barjo que le premier album et moins surproduit que les deux derniers (excellents tout de même), Toxicity se trouve alors être la pierre angulaire du groupe, l’album qui les a révélé au monde entier. La recette était celle-ci : un chant aux accents légèrement orientaux et déjantés, signés Serj Tankian, et des riffs de guitares dignes d’un schizophrène, signés Daron Malakian. Un album jouissif, par moment transcendant, comme sur le fabuleux « Chop Suey !».

ImageN°7 – Kid A (Radiohead, 2000): Pour beaucoup, Ok Computer (le précédent album) représentait une sorte de perfection du rock, si tant est qu’on définisse ce dernier par la distorsion d’une guitare électrique et un groupe jouant derrière. Avec Kid A, Radiohead continue non seulement de tracer le chemin à suivre, mais surtout, il ouvre de nouvelles voies. L’orientation électronique et la complexité de l’album en a surpris plus d’un, mais il fallait se rendre à l’évidence : en accouchant de cet OVNI, Radiohead entrait dans une nouvelle sphère.

ImageN°6 – White Blood Cell (The White Stripes, 2001): 2001, où l’année du retour en grâce du « garage-rock », avec ses deux meilleurs représentants: The Strokes et the White Stripes chacun sortant son album phare. Il fallait pourtant faire un choix et c’est le blues-rock un tantinet cradoche du groupe de Detroit qui l’emporte ici. Difficile de résister aux compositions de Jack White et à la frappe naïve de Meg White derrière les fûts. On est déjà nostalgique des riffs cools de « Dead Leaves and The Dirty Ground » ou « Fell In Love With A Girl »…

N°5 – Turn On The Bright Lights (Interpol, 2002): Des textes sombres, une  musique sobre et un sens aiguisé de la mélodie, c’est ce qui a fait d’Interpol, selon les journalistes, les descendants directs de Joy Divison.  Ajoutée à cela, la voix caverneuse du chanteur Paul Banks rappelant celle de feu Ian Curtis, l’étiquette « new wave » était alors fatalement collée. Pourtant, le premier album d’Interpol ne devrait souffrir d’aucune comparaison tant celui-ci est unique. Tout au long du disque, les deux guitares présentes se font parfaitement écho (« Obstacle 1 » en est le meilleur exemple), quant à la batterie très « carré », et au jeu de basse élastique de Carlos Dengler, elles ajoutent à la sensation d’un album froid et lucide, mais dont l’émotion et l’atmosphère sont à couper au couteau. En témoigne le sublime « PDA », l’un des morceaux de la décennie.

N°4 – Source, Tags & Codes (…And You Will Know Us By The Trail Of Dead, 2002): Voici le groupe presque totalement inconnu (en France) de ce top 10, et pourtant, il n’a pas volé cette quatrième place. Les Texans de Trail of Dead ont signé avec Source, Tags & Codes un album rock d’une beauté rare. La puissance et la mélodie ont rarement fait aussi bon ménage. Tout coule de source (sans mauvais jeu de mots), l’inspiration est omniprésente, et même le très légèrement inférieur « Baudelaire », ne vient pas ternir le somptueux tableau dressé par le groupe. Celui-ci n’hésite pas à allonger les ponts instrumentaux, renforcés parfois subtilement par un orchestre. En cela, « Another Morning Stoner » est surement le plus grand moment de cet album.

N°3 – Relationship Of Command (At The Drive-In, 2000): En 2000, At The Drive-In est un missile lancé à toute vitesse et rien ne semble pouvoir arrêter la bande d’Omar Rodriguez Lopez (guitare) et Cedric Bixler (chant), les deux surexcités de la bande, à l’afro volumineux. Relationship Of Command déborde d’énergie, de furie et de rage, à l’image des prestations scéniques du groupe. Rarement des guitares auront été aussi tranchantes. Les riffs saccadés, presque anti-mélodique, de Lopez font mouche et le chant-parler-hurler de Bixler impose sa marque à un album culte pour toute une génération. Et quel bonheur d’apprendre que le groupe le plus urgent de la décennie vient tout juste de se reformer…

N°2 – White Pony (Deftones, 2000): Alors que Deftones était parti pour une route tranquille en tant que pionnier du nu-métal après la déferlante Around The Fur, Chino Moreno a trouvé bon de se détacher, en partie, de ce statut. Bien sûr, on retrouve des riffs heavy (« Elite »). Mais un son nouveau apparaît, inspiré des groupes new-wave dont Moreno est fan depuis son enfance, et permet au groupe d’entrer dans une autre dimension, somptueuse et excitante. « Change (In The House Of Flies) », « Digital Bath » ou encore « Teenager » sont les parfaits exemples de ce changement. White Pony est tout simplement l’un des plus beau risque musical de la décennie.

N°1 – De-Loused In The Comatorium (The Mars Volta, 2003): Quand At The Drive-In split en 2001, cela donne deux groupes: d’un coté Sparta et de l’autre Mars Volta. C’est dans ce dernier que l’on retrouve Lopez et Bixler, les deux têtes (déjà) pensantes d’At The Drive-In. Entourés de musiciens hors-pairs, les deux sont bien décidés à commencer une toute nouvelle aventure avec un album-concept ambitieux. Et le choc est immédiat : fini le chant hurlé de Cedric Bixler, fini la lourde distorsion sortant de la guitare de Omar Rodriguez. Le son est réfléchi. La structure classique couplet-refrain n’est ici pas légitime. On a affaire à un album complexe, long (bien qu’il soit le plus court du groupe !), fait sous drogues dures, mais extrêmement maitrisé à l’image du chant de Cedric Bixler qui tutoie le divin (« Televators »). Le meilleur moment reste  « Roulette Dares (The Haunt Of) », morceau de génie, épique, qui justifie à lui seul de se jeter corps et âme dans cette aventure musicale. L’album est une constante montagne russe, un voyage dans l’univers Mars Volta, dont on ne peut se sortir indemne. Bref, l’album de la décennie.

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